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    May 30

    ....A UN MONDE MEILLEUR

       

     

     

    En mars dernier, Valérie partant d’une phrase de Marie / Shoune , « Tout ce qui n’est pas donné est perdu »  avait proposé un sujet de réflexion sur le thème de « DONNER ». Ce questionnement hypothétique je l’ai retrouvé dans des billets chez Emma, chez Luciole mais ce qui est curieux, c’est la référence qui a été faite sans se  concerter par  Marie, Luciole et Yesa , à un film : « Un monde meilleur » comme éléments de réponse et pistes de recherches pour une philosophie simple, qui s’ajoutaient et se complètaient.

    Cette convergence qui m'a touché, méritait d’évoquer brièvement ce film dont le sujet est le suivant :

     Film - Un Monde Meilleur - de Mimi Leder                                                            © Pathé / Warner Bros 

    Un jour un professeur donne comme travaux pratiques à ses élèves le thème suivant : « Inventer un moyen  de changer le monde et le mettre en pratique » . Un jeune élève, Trévor, prend ce devoir à coeur en imaginant un système simple où il suffirait que chacun, en  s’investissant auprès de son voisinage, vienne en aide pour redonner courage et espoir à trois personnes de son entourage, lesquels à leur tour feraient la même chose auprès de trois autres personnes qui à leur tour.... Une sorte de passage de relais, de passage de témoin... Une chaîne solidaire juste pour la beauté du geste.

     

    Trop simple  pour que ce soit possible ? Un rêve  ?  Une utopie ? Si c'est une utopie, elle est certainement plus généreuse que celle du Meilleur des mondes, alors on peut toujours essayer.   On commence,  maintenant ! 

    DU MEILLEUR DES MONDES.....

      

    Quand on se promène, en longeant la plage  entre Sanary et Bandol , on n’imagine pas forcément que c’est ici qu’en 1931, à une époque où Hitler n’avait pas encore pris le pouvoir, et où le  Goulag n’existait encore que dans les rêves de  Staline, Aldoux Huxley écrivit « Le Meilleur des Mondes ».
    Et pourtant dans ce roman terrifiant, il imaginait déjà un système parfait, une dictature qui, sous les apparences de la démocratie - en utilisant clonage, bio-technologie et génétique – conditionne le développement de l’individu en le contrôlant. La devise planétaire de cet univers n'est-elle pas "Communauté, Identité, Stabilité"

    Dans cette merveilleuse société, les embyons sous l’influence de traitement chimiques deviendront  élément de cette société divisée en classes coexistantes, de type pyramidale.

    Dans ce monde, les esprits sont conditionnés à l’aide de messages subliminaux, les sentiments sont neutralisés à l’aide d’une drogue « légale », le Soma, qui rend perpétuellement heureux de son sort et de la place qui a été assignée génétiquement dans la société.

    Ni révolte, ni rêve d’ailleurs ... juste cet asservissement à la prédestination, et l’amour de ses chaînes.

    Il est des crépuscules anesthésiants qui s’ouvrent sur des ténèbres profondes, effroyables et angoissantes.

     

     Petit extrait :

    « ...

    - La population optimale est sur le modèle de l’iceberg : huit neuvièmes au dessous de la ligne de flottaison, un neuvième au dessus.

     - Et ils sont heureux, en dessous de la ligne de flottaison ? En dépit de ce travail affreux ?

     - Ils ne le trouvent pas tel , eux.  Au contraire, il leur plaît. Il est léger et d’une simplicité enfantine.  Pas d’effort excessif de l’esprit ni des muscles . Sept heures et demie d’un travail léger, nullement épuisant, et ensuite la ration de soma, les sports, la copulation sans restriction, et le Cinéma Sentant.

     Le monde est stable à présent. Les gens sont heureux ; ils obtiennent ce qu’ils veulent , et ils ne veulent jamais ce qu’ils ne peuvent obtenir. (...) Ils  sont conditionnés de telle sorte que pratiquement, ils ne peuvent s’empêcher de se conduire comme ils le doivent. Et si par hasard quelque chose allait de travers, il y a le Soma. Il nous faut choisir entre le bonheur et ce que l’on appelait autrefois le grand Art. Nous avons sacrifié le grand art. Nous avons à la place le Cinéma sentant et l’orgue à parfums... Ils représentent pour le spectateur un tas de sensation agréable.

    .....

    Ce n’est pas seulement l’art qui est incompatible avec la stabilité. Il y a aussi la science. La vérité est une menace, et la science un danger public. Nous sommes obligés de la tenir soigneusement enchaînée et muselée. Elle nous a donné l’équilibre le plus stable de l ‘histoire. Mais nous ne pouvons permettre à la science de défaire ce qu’elle a accompli. »

    May 22

    IL Y AVAIT UN JARDIN

          

    VARIATION CREPUSCULAIRE SUR UN THEME  

     

    Gravure d'un manuel scolaire de 1920  

     Il y avait un jardin qu'on appelait la terre.
    Il était assez grand pour des milliers d'enfants.
    Il était habité jadis par nos grands-pères
    Qui le tenaient eux-mêmes de leurs grands-parents.

    (G Moustaki)  

    A trente ans d'interval, Gérard Manset a écrit  ces deux textes, l'un intitulé "C'est un parc" et l'autre très récemment , "Dans les jardins du XXIè siècle".
    Des paradis perdus entrevus il y a trois décennies, on en arrive à cette prémonition en forme de parabole, avec les derniers vers. 
     

    C'est un parc

    Parc du chateau de Meillant ( Berry)   
     
    C'est un parc où vont les bêtes
    Et l'eau leur coule sur la tête.
    Au milieu, des chevaux légers.
    Les animaux sont mélangés.
     
     C'est un piège où tomberont
    Nos enfants quand ils grandiront
    Et quand le chasseur s'en ira
    Sur une civière, on dira :
     
    C'est un parc où vont les bêtes
    Et quelqu'un s'en souvient peut-être.
    Les fruits trop murs, les arbres creux,
    C'était le verger du Bon Dieu.
     
    C'est un parc où vont les bêtes
    Et l'eau leur coule sur la tête.
    Au milieu, des chevaux sauvages.
    Chacun se cabre sous l'orage.
     
    C'est un piège où tombera
    Le loup, le chien, l'homme et le rat
    Et quand, quand les chasseurs s'en iront
    A genoux, nous leur chanterons :
     
    C'est un parc où vont les bêtes
    Et quelqu'un s'en souvient peut-être.
    Les fruits trop murs, les arbres creux,
    C'était le verger du Bon Dieu.
     
    °°°°°°°°°° 

    Dans les jardins du XXI è  siècle

    Dans les jardins du XXI è  siècle

    Où les enfants clonés jouent sous les arbres
    Le chagrin, la gaité, ont la couleur du marbre
    Et rien n’est plus de ce qui fut aimé
    Souvenez-vous de longues gorgés
    De cette eau pure le ciel était gorgé

     

    Dans les jardins du XXI è  siècle
    Où les enfants clonés jouent en rêvant
    A ce que furent la chair, les larmes et le sang
    Quand rien n’est plus ce qu’il était avant
    Souvenez de ces chansons anciennes
    Ne reste plus que le filet de vent
    Qui fait tourner là-bas les éoliennes
    Dont les longs doigts s’étendent sur la plaine
    Souviens toi que je t’aime
    Rappelle toi les mots
    Je sais qu’il faut se détourner  de toute chose humaine 

    Dans ce jardin

    Où les enfants...

    Souvenez-vous que la folie les guette

    Dans ces massifs aux lustres éclatants

     

    En ce jardin maudit du XXIè siècle
    Où des enfants mauvais jouent sous les branches
    A quelques faux moineaux jetant de fausses miettes
    Cependant qu’on leur dit que c’est dimanche
    Souvenez-vous que la folie les guette
     

    Dans ces massifs aux lustres éclatants

    Dans ces jardins et leurs gazons mutants.

    Et nous peut-être un jour, les imitant.

     

     Un jardin (imaginé) du xxi è siecle, au gazon mutant... apparemment il n'y a pas que le gazon !

    Et nous peut-être un jour les imitant... comme dans cette utopie d'Haldoux Huxley " Le Meilleur des Mondes " à moins qu'en s'y prenant dès aujourd'hui, on inverse la proposition et que le monde devienne vraiment meilleur.

    May 13

    IL VOYAGE EN SOLITAIRE


    Parmi les territoires  parcourus, j'ai rencontré cet hiver celui de PASCAL.  Et l'hiver fut rude , il ne me dira pas le contraire.
    Des hauts et des bas, des échanges sans débats, justes quelques mots et puis, ce printemps sur son espace, cette animation, cet homme debout, qui marche, simplement... un homme qui avance, un homme de lettres, un homme de mots  après les maux
     
     

            
    Et simplement, j'ai repensé à un autre auteur oublié, dont les textes ne seront jamais staracadémisés et en mémoire de ton combat, PASCAL, je te dédie pendant quelques billets ces textes de Gérad Manset, du coureur arrêté à celui qui voyage en solitaire, celui qui marche devant.
     
     
    Le coureur arrêté 
     

    Salle des pas perdus

    Salle des pas trouvés

    Aux Anges révoltés

    Sur des banquettes creuses

    Aux sièges arrachés

    Dans une gare obscure

    Cathédrale rieuse.

     

    Cathédrale rieuse

    Comme une fleur exquise

    Sur sa tige dressée

    Dans l’urine des chiens

    Lorsque les papiers volent

    Le marcheur se souvient

    Qu’il a souvent marché

    Et qu’il ne marche plus

    Et le voilà courbé.

    C’est un musée de cire

    Où s’ébranlent les trains

    On dit que ce cœur bat

    Que ce poumon respire…

     

    Mais ce n’est que l’effet

    De ce qu’il y a de pire

    Quand se grattent les fées

    Et se mouchent les princes

    Dans l’avenant zéphyr

    Que vient par les travées

    De ce nouvel empire

    Ouvert la nuit, le jour

    Sous les lampes amies

    Et le marbre toujours

     

    Lorsque le coureur tombe

    Il est midi peut être

    Et la foule des quais

    Grimace sous la pluis

    Sans lui parler jamais

    Sans le panser non plus

    Quand sa nuque craquait

    Comme une lame bleue

    Ou comme un pot de miel

    Qui le pénètrerait.

     

    On dit que ce cœur bat

    Que ce poumon respire

    Mais ce qu’on ne dit pas

    C’est pour combien de peu

     

    Alors il se rhabille

    Ou bien on le ramasse

    Dans ce musée de cire

    Un visage prend place

    Qui fut lui autrefois

    Se penche et puis l’embrasse

    Mais comme on ne meurt pas

    Dans la continuité

    D’éternelles caresses

    Le coureur se dilue

    Et puis bientôt se dresse

    Tandis que tout s’éteint

    Lorsque le coureur dort

    Dans son geste arrêté

    Il est midi dehors

    Il est midi toujours

    On dit que c’est la ville

    On dit que c’est le temps

    Et le balayeur passe

    Qui va de place en place

    Jaune phosporescent

    Dans la graisse et le sang

    Dans l’essence et la crasse

    La poussière et le vent

    Et le balayeur passe

    Jaune phosporescent

    On dit que c'est la ville

    Et ses bennes bruyantes

    Et le balayeur chante….

     

     
     Celui qui marche devant
     
    Celui qui marche devant,
    Tu le connais depuis longtemps.
    Tu le vois de dos et dedans.
    Il chante dans le mauvais temps
    Et ça n'est pas toi qui l'entend.
    Ça n'est jamais le bon moment.
    Il poussait ses amis jadis.
    Il n'est plus rien, le sol est lisse,
    La route noire comme un réglisse.
    Les arbres témoins d'autrefois
    Lui font de leurs cheveux de bois,
    Le soleil et l'ombre à la fois.
    Tu ne l'aimes plus beaucoup
    Mais tu le suivras jusqu'au bout.
    Souviens-toi, quand tu l'as connu,
    Que si souvent vous alliez nus.
    Vois ce qu'il est devenu.
    C'est toi qui traînes la valise
    Des années que tu y as mises.
    Le temps sur toi n'a plus de prise.
    Il reste le cuir et la peau,
    La veste, le manteau
    Que tu lui mettais sur le dos.
    Ferme les yeux, repenses-y.
    Que ton cœur fasse mal aussi
    Comme le sien d'en être ici.
    Tu ne l'aimes plus beaucoup
    Mais tu le suivras jusqu'au bout
    Des souvenirs
    Jusqu'au bout,
    Jusqu'au bout.

    Celui qui marche devant,
    Tu le connais depuis longtemps.


    Il voyage en solitaire


    Il voyage en solitaire
    Et nul ne l'oblige à se taire
    Il chante la terre
    Il chante la terre
    Et c'est une vie sans mystère
    Qui se passe de commentaire
    Pendant des journées entières
    Il chante la terre
    Mais il est seul
    Un jour
    L'amour
    L'a quitté, s'en est allé
    Faire un tour
    D'l'autr' côté
    D'une ville où y avait pas de places pour se garer.

    Il voyage en solitaire
    Et nul ne l'oblige à se taire
    Il sait ce qu'il a à faire
    Il chante la terre
    Il reste le seul volontaire
    Et puisqu'il n'a plus rien à faire
    Plus fort qu'une armée entière
    Il chante la terre
    Mais il est seul
    Un jour
    L'amour
    L'a quitté, s'en est allé
    Faire un tour
    D'l'autr' côté
    D'une ville où y avait pas de places pour se garer.

    Et voilà le miracle en somme
    C'est lorsque sa chanson est bonne
    Car c'est pour la joie qu'elle lui donne
    Qu'il chante la terre.
    G MANSET  

                        

    CARTE POSTALE

     
    Il est des pays sages,
    Des paysages
    Des villes et des villages.
     
    Certains, sans rien faire, ressemblent déjà à une carte postale...
    Même en rajoutant quelques vagues qui se brisent.
     
       

     

     
     Collioure Mai 2006
     
     Il est parfois bon de se promener au milieu d'une carte postale...
     
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